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RUE DES ERRANCES (Isabelle de Mecquenem) Poèmes vagabonds N° ISBN 978-2-36024-001-2 Dépôt légal : septembre 2009 Prix : 12,50 €
EXTRAITS : Personne ne sait jamais Comment vivre, Personne ne sait où il va.
J’y vais, C’est tout.
One day I will go on a pilgrimage, I will get water on my back, Have the sun as a stage background, The earth as a gift to walk on, Herbal tea on arrival.
LA RUELLE Je suis en écriture. Mon stage s’effectue seule sur un banc de lune. Cape sur l’épaule endossant le présent de feuillages dorés. L’ornement de ma vie et l’éparpillement de ma vie en mots éconduits. Drapeaux tombés en deuil sur la tombe des déshérités de la vie. Pour eux des chrysanthèmes roussis, juste une petite gerbe. Et si je pense à eux, ils ont leur petit espace dans les ruines d’antan. J’entends dans leur silence leurs cris épouvantés. Il est temps de rentrer et d’aller célébrer. Le temps de l’hiver doux et sa lumière ambrée. Le temps de rêver, d’errer sur les marges du ciel. Il y a les Ecrivains, et les autres, ceux qui ne comptent pas. Ça me fait mal de ne pas compter. D’être juste à côté et de n’avoir aucun type de reconnaissance par delà les fossés. Qui accueillera ces feuillets, voudra bien les relire ? Qui prendra ce temps-là, une œuvre toute esseulée qui n’a personne, orpheline. ? Ah je sais qu’il n’y a aucune chance sinon celle du monde, de la mondialisation. Elle est ma seule chance, mon petit espoir convaincu, ma flammèche qui continue de luire alors que tout, absolument tout, la porterait à s’éteindre. Et toi, qui es-tu donc, être fou qui cours sur ces lignes ? Je t’aime à tout jamais. Je t’aime éperdument, toi qui viens ici, là, dans ce temps si étroit comme la ruelle de mes pas, pour me connaître un peu.
CHANGEMENT DE VITESSE Ces gens pressés qui marchent d’un pas sûr ! Jeter à la rue. Déshonorer la femme. Putain d’un soir. La rue grouille, fourmille d’une activité externe qui n’est pas l’écho de l’activité interne. La rue regardée, voix sans issue, impasse. Ruelle, Avenue, route, dédale … si cette rue pouvait retrouver son chemin du Moyen - Age, avec ses pavés en guise de goudron … Rue qui a un nom, mais le nom a oublié qui il est. Rue qui jouxte une autre rue, mais ces noms s’aiment-ils ? La rue du Maréchal Pétain a-t-elle choisi de croiser la rue de la Résistance ? 45ème parallèle : la rue sans visage. 32ème rue : la rue de tous les coins de rues. Street – Calle. A New York elles sont verticales. Ailleurs, des rues plates de pays déserts, dans la région de Campeche au Mexique : où les seuls repères sont les hommes entassés dans de petites maisons sans étage. Un endroit qui ne borde rien parce qu’on ne fait que passer, et c’est vide au milieu. Juste une publicité qui fait perdre à la rue ce qui lui restait de visage. La rue construite en carton-pâte pour les visites officielles d’un ministre des affaires étrangères qui ne verra rien. Celle des lotissements modernes ultra-blindés aux noms impressionnistes. Van Gogh s’agite dans ces rues mortes pour des gens muets comme des cercueils parlants. Ces rues devraient s’appeler « la rue de l’exploitation de l’homme par l’homme », plutôt. Dans Paris, la rue des bons enfants, la rue du pas de la mule, noms qui campagnisent la ville pour la rendre humaine. Aussi la rue séparée par un mur avec, à droite, les nantis qui n’attendent plus rien de leur vie, et, à gauche, les petits qui n’ont rien et donnent tout. La rue d’où émane une odeur de bon pain, celle où s’est arrêté Raymond Devos, et il convoitait pendant des heures des gâteaux plus gros que lui. Arpente autrement, traverse la rue pas à pas, à pas de fourmis. Déconstruis le paysage des marques et regarde derrière ces grands panneaux aveuglants. Ainsi, cherche le regard d’un passant en quête d’un autre trottoir à musique.
AIGUES-CHAUDES Sur fonds de sable grisé sableux et sulfureux, Pieds trempés dans un bain chaud de thermes, J’ordonne la fin des fonds et le début des rêves. Les mousses alourdies s’enchaînent en cascades et l’éboulis de l’onde suinte dans mon âtre. Bahines vahinées peuplées d’Adams et d’Eves aux songes nus sans l’apprêt de ces thermes. L’odeur sulfureuse furette sur mes narines. L’éléphant filmé se sait cible de tous. Nos regards croisés dénouent les fils de haines et la trompe alanguie reprend son bain de pied tendu de soulagement., Arqué vers son désir. A-t-il trouvé une intime parcelle qu’il s’en éloigne un peu et jacte de plus belle. Pourquoi rimer avec les mots alors que la surface ridée du monde ouvre sans complexe son miroir tacite à nos regards éteints ? Je t’aime regard rebelle et tu le sais déjà. Je t’offre ce chemin de ruines et de bien doux ébats.
La nature t’a tout donné, les pâquerettes qui éclairent ton chemin de mille lumignons au creuset de la nuit. Du vent, de la brise, de la bise pour aérer ton cœur, balayer tes soucis. Des gouttes d’eau claire, les ruisseaux, les torrents, les rivières et les lacs pour y regarder le monde à l’envers, lavé de ses poussières. La nature t’a tout donné, jusqu’à la fleur du pommier, Le lilas, les orchidées, des tapis de champs fleuris pour y promener ton regard, Et croiser celui du faon qui n’ose s’y aventurer de peur de te rencontrer, toi, l’homme. La nature t’a tout donné, les feuilles tavelées de boue au creux d’un petit étang, où fougères et feuilles d’érable dansent et flottent à demi-mortes dans ce creux d’eau, ombres chinoises de boue. La nature t’a tout donné, mais toi, qu’en as-tu fait ? Prédateur insensé, tu déranges l’ordre magnanime des fleurs et des bêtes, sans regarder de tes yeux infatués d’eux-mêmes où siège cette beauté sereine. Son silence te terrifie et te ramène à toi-même. L’ordre des choses, autre que ce pantomime que tu joues dans le monde des humains, règne quand tu es absent. En paix. Là se trouvent les secrets que tu oses à peine entrevoir et tu n’es rien sans cela, Cela que tu ne maîtrises pas. La nature t’a tout donné et toujours elle sait te rendre ce que tu n’as pas su offrir. Des nuits et des jours ambrés, les fruits succulents dans ta bouche, le renardeau longeant les chemins creux, l’air penaud, des fossiles de coquillages sur les pierres oubliées. Ils disent la présence de la mer. La mère. La nature est ta matrice, c’est elle qui t’a enfanté, porté, bercé, choyé, consolé, nourri. La nature t’a tout donné, les saisons de ton cœur, Les étés chavirés, les automnes de deuil, les hivers distants, Et les naissances au printemps. Vis !
NOVEMBRE
Soleil noir, Sombre Au cœur du monde Ombres, Griffures, Déchiquetées là-bas au loin Horizon mangé par le feu dévorant des ombres. Savoir où se cacher et faire disparaître ces détails monstrueux du soleil.
Miroir insolent Insupportable.
Cours te cacher dans le creux, Là où la mousse prospère. Appâte Regarde, avide, ces autres silhouettes qui s’élèvent et jurent mille secrets au creux de leur nuit folle.
Isabelle de Mecquenem © 2009 Isabelle de Mecquenem / Editions
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