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Les Contes d'Irma (Gisèle Russeil) Histoires à partager en famille. ISBN : 978-2-36024-013-13-5 Prix : 14,00 € EXTRAIT N° 1
Petit escargot impressionné par ce discours n’osait répondre, pas même respirer. Pourtant… pourtant… il tourna un peu la tête vers la gauche et que vit-il ? Une splendide rose trémière qui ouvrait, là-haut, vers le ciel, de larges pétales roses comme sa coquille ; et la carotte sauvage, fine et blanche, qui se balançait doucement. Il vit, niché dans l’herbe, d’éclatants boutons d’or et de menues petites fleurs bleues, à peine ouvertes. Il vit des pois de senteur ramer sur le sol, parcourus d’impatientes fourmis qui couraient… couraient… car c’était ainsi, pour les fourmis il était gros et lent, pour la tortue il était petit ! Mais tous ensemble, parmi les fleurs multicolores et les herbes parfumées, ils constituaient le monde, sa chaleur et sa beauté, à portée de chaque main, à portée de coquille d’escargot, grise ou rose. Mais sans un peu de rose, aurait-il su cela ? »
EXTRAIT N° 2
— Bonnes gens de cette belle et bonne contrée qui ne vit à présent ni dans la nuit ni dans la lumière, mais dans un jour gris impitoyable, dressez-vous avec moi comme un seul homme et ordonnez au soleil de… de…
— De cesser la grève ! glapit une voix réfugiée derrière un rideau.
— Insolent, rugit le roi, tu seras pendu haut et court pour avoir osé me couper la parole et retardé ainsi la renaissance de l’astre divin !
— Ça m’est égal, ça m’est égal, reprend la voix qui se matérialise en une cabriole grimaçante au milieu de l’espace créé un instant auparavant. Et tous de gesticuler en tendant le poing et criant : ça nous est égal, ça nous est égal, mais reviens soleil, c’est un ordre !
Un vaste éclat de rire réduit l’ordre à néant.
Un chevalier prend la relève ; c’est le brave et valeureux Vincent, dressé sur son cheval-chaise, un heaume-passoire en équilibre instable sur sa tignasse embroussaillée. Il brandit la grande cuillère en bois dont Irma se sert pour touiller les confitures et parfois ses potions magiques. Il frappe l’air, à droite, à gauche, combattant sans peur les vapeurs infernales qui masquent la lumière et… patatras ! le petit sac de farine juché sur le bord d’une étagère choit ; et le visage de Vincent se transforme en nuage aussi vaporeux que ceux du dehors !
Heureusement, il y a un dieu, celui qu’il faut en l’occurrence : Apollon, maître des arts, du soleil surtout et de la divination, bien sûr ! Rien d’étonnant à ce qu’Irma l’invoque avec ferveur. Aussitôt il paraît, rayonnant. C’est Manu. Il a de petites ailes aux pieds, un trident dans une main, la foudre dans l’autre ; cumuler les fonctions ne l’ennuie pas, ni l’erreur. Qu’Hermès, Zeus et même Poséidon regagnent l’Olympe. On lui remet une lyre-guitare aux cordes retendues, un petit disque scintillant : il est prêt à ressusciter le soleil. Mais celui-ci dort, toute splendeur oubliée. Le chœur des acteurs l’implore, le loue, tous à genoux autour du jeune dieu : soleil, soleil, toi qui fais fleurir les fleurs, mûrir les fruits, bronzer nos joues… Le soleil ne se réveille pas.
— C’est pourtant la loi qui lui impose de briller, la loi !
Un gendarme s’est dressé. Une grosse ceinture à la taille, un képi de facteur d’un temps révolu sur la tête, il scande : la loi, la loi… La loi, c’est la loi, reprennent les autres participants ; mais la loi parfois fait la sourde oreille.
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| Les Contes d'Irma |
| © 2011 |