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LE CARNET ORANGE DES POEMES OUBLIES (Isabelle de Mecquenem) ISBN 978-2-36024-002-9 Dépôt légal : octobre 2009 Prix : 13,50 € EXTRAITS :
DIABOLO
Savoir écrire, savoir décrire avec la langue douce posée sur le palais. Mâchonner des idées dans un bâton de réglisse. Siroter un Haïku comme on prend du tofu. La «Jelly» flagellée tremblote sur la soucoupe. Maïeutique du sonnet monté en mayonnaise. Le crumble du slam arpente le macadam. Cuisine des mots, des saveurs charcutières, Papilles aiguisées.. Déguster un poème, le petit café crème.
COURSI-COURSA
A Jérôme Mauche Dans une grande étagère métallique avec des étiquettes blanches et jaunes (des dominos coulissants), chercher la farine type 45, parce que 55 ça fait des grumeaux et les grumeaux ce n’est pas très décoratif. En plus ça pèse sur les boyaux. Après, si on a un peu de temps, quand on n’est pas trop pris par la musique d’ambiance, prendre le temps de chercher le lait de soja pour ne pas choper le cancer, ou pas tout de suite. Bon et puis quand on cherche, on se dépense un peu dans le magasin, à slalomer entre les employés et les clients, et puis il ne faut pas oublier de penser à ce que l’on pense, se concentrer sur l’essentiel et ne pas mettre n’importe quoi dans son caddie. Autrement les clients regardent et tournent la tête, dégoûtés, ça fait mauvais genre. 10 bouteilles de vin, pour une femme seule, ce n’est pas trop bien. Mais trop de cosmétiques, c’est un peu louche aussi. Le mieux c’est les produits équitables, je les mets toujours au dessus du caddie, comme ça on me regarde droit dans les yeux et ça a l’air de vouloir dire : « Elle est vachement bien, celle là ». Au moment de payer, je fais toujours un clin d’œil à la vendeuse et elle ne me compte que le sac de 2 kilos de carottes et pour le reste, on s’arrangera plus tard.
ECHANCRURE
Crénelé de ma vie Mâchicoulis de mes peurs Echauguettes, poudre d’escampette Vie de louve au dessus des douves Pont-levis des échappatoires lucides Porte aux lions des mille mystères de la maison Tour de ronde au dessus du monde Oeil surveillant les allées depuis les meurtrières étreintes Cheminées gigantesques assises sur leur séant Ayant bu les fatigues des croisées
Murs d’enceinte, Murailles perchées au dessus du vide, L’arrondi de ces voûtes adoucissant les peines.
Trappes vers l’inconnu sur les sols dallés Oubliettes voûtées antichambres de la mort Tour qui monte sans fin vers l’ailleurs incertain.
La galerie des rêves, des guerres et des rixes
Chambrée carrée dallée en damier aux murs ourlés De boiseries et d’angelots d’amour pour y poser Livres, Recueils, Pamphlets, Compilations d’écriture, Parchemins et grimoires
Des histoires grivoises d’un soir, des contes de sorciers, d’apothicaires, l’histoire des histoires. Les secrets du vitrail Coloriés sur l’espace du jardin sacrifié.
Ma solitude et moi, on s'entend bien... quand elle a un petit creux je lui offre un carré de chocolat sur un plateau. Avec les formes bien sûr ! Elle me ressemble, elle aime la salade et ne supporte pas qu'on la dérange. Tiens, dans ma nouvelle maison, elle m'a même demandé d'avoir une chambre rien que pour elle ! C'est ma meilleure amie, avec elle je peux enfin lire. On prend place sur le même banc de pierre et on discute sur un passage qu'on vient de déguster ensemble. Elle a toujours le dernier mot qu'elle entoure d'une nappe de silence. Ma solitude, c'est cette rencontre de vérité, quand le miroir ne ment plus et s'habille avec l'air du temps. Le soleil rit avec la lune et chaque feuille est une ombrelle qui me délivre des jacasseries fébriles des êtres humains en compagnie forcée. Ma petite solitude, c'est un creux de silence, l'âtre où je peux écrire, les caresses de mon âme à mon coeur, les mille jeux de mots qui font des labyrinthes. Elle vient sans prévenir, s'installe en reine dans des instants de paix, et parfois se déclare au creux d'une mélodie qui joue avec mes doigts les airs énamourés des chanteuses d’autrefois.
Isabelle de Mecquenem © 2009 Isabelle de MECQUENEM / Éditions
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