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L'A PIC DES MOTS (Marie-Christine Louvet) Poèmes N° ISBN 978-2-36024-008-1 Dépôt légal : mars 2010 EXTRAITS :
Extrait de « La Chanson d'Après »
La Sorcière
Je sens les forces de la terre...
L’on me vénère et l'on me craint. Ils me haïssent et me supplient, Leurs mains tendues pleines d'offrandes.
Derrière eux je vois la lueur du bûcher Par lequel je serai enfin libérée, Ultime farce grotesque de ceux qui,
La nuit quand bien d'autres dorment, Me demandent d'arranger leurs affaires, En amour ou argent, le pouvoir toujours.
Ils me disent belle à damner, Laide comme l'ignoble péché, Mais au profond des Grands Bois,
Dans le silence des brumes Grises et légères qui s'étirent, Je suis... la Sorcière...
Je connais les pierres, les prières, Je sais plantes et planètes, Celles qui guérissent... et les autres...
Je sens les forces de la terre...
Des âmes, grandes et petites, Je connais chaque coin et repli, Et la vaillance de certaines aussi. Mais on me vendra, pour quelques livres tournois, Pour un peu d'encens, de miel ou de sel, Peut-être par ruse ou contrainte.
Et viendront des hommes armés, Jusque dans leurs rêves, Brutalement sûrs de leurs raisons.
Avant de monter sur le bûcher, Et d'embrasser mon destin, Je cracherai sur la croix de torture
Qu'ils adorent comme un dieu ! Mais leur dieu est féroce Qui punit, tourmente et bannit...
Devant lui, je ne me prosterne pas, A lui, je ne parle pas, La Lumière est ailleurs...
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Faydits*
Maudits chevauchant les nuits de la colère, Egarés poursuivis par les orages de la haine, Bannis du monde sous les blessures des rires, Poussés par leur ombrageuse fierté.
La faim sournoise qui tenaille le ventre, La peur brutale qui noue les tripes, Silhouettes sombres qui errent Et sillonnent ces contrées dévastées : Leur pays enchaîné, annexé, confisqué !
Le passé cruellement blessé Se tord dans les décombres du présent. Quel futur dans les cendres ?
Faydits, Spectres condamnés à hanter sans fin, Vaillants, désespérés, tête haute, Votre épée pour unique compagne, Cette terre de poésie et de musique, Ecartelée, écrasée de terreur et d’horreur.
Intense et dévorante solitude, Espoir ténu, faible lueur tremblante Soufflée par le vent glacé de l’histoire.
Faydits, C’est vous l’âme de cette terre perdue Dont je rencontre les ombres vivaces, Au profond des forêts murmureuses. Certaines nuits, dépossédée du sommeil, J’entends vos rires et vos cris, Le chant de vos larmes et celui de vos armes.
Faydits, Fantômes levant leur hanap pour trinquer : « Mort est meilleure maîtresse que soumission ! »
Le vin a un goût de douceur, de soleil, Violette, mûre, noisette et douleur. Chaque cours d’eau, chaque sentier Se souviennent et parlent de vous :
Faydits, Mes intemporels amants courtois d’outre-tombe.
*Faydits : chevaliers et seigneurs dépossédés par la croisade contre les Albigeois ( 1209) XXXXXXXXXXXX
Endura* d’Amor
Il danse avec les loups dans le vent Sauvage de la nuit des temps anciens Le cri de tes yeux, libéré de ses chaînes.
Âme maîtrisée, feu du brasier, Tes yeux où je meurs de douleur Agrippée aux rochers glacés.
Chute de mon cœur qui tremble Au pied de la Montagne, Ta main tendue vers la mienne, Ton esprit battant pavillon noir Frappe la monnaie de mes contrées.
Bastion des saisons assiégé, Cœur à mort dans l’arène, Bataille à corps perdu, A cœur ouvert, Sommes-nous combattants, Déserteurs jetés au maquis, Des âmes qui dérivent ?
Tes yeux comme un ciel de matin, Tout frais lavé par la pluie. L’aigle tend sa voilure dans la lumière, Parole désertée, barbacane des émotions, Baiser menotté, battre à l’unisson. Le cri de tes yeux engeôlé, Emmuré, mis aux fers. Fer rouge de ton regard Sur mon âme, terra incognita Battue par tous les vents.
De ponts en vies, en agonies, As-tu bien appris ta leçon ?
*Endura : jeun strict observé par les Cathares dans certaines conditions.
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