La tradition du maté

 

 

 

Seul ou entre amis, avec la famille ou les voisins, le maté, en Argentine, est plus qu’une tradition, c’est un geste quotidien. Le maté, c’est un petit bol, appelé « maté », en courge, en bois, en métal, et maintenant même en plastique, une paille, la « bombilla », en général en métal (en maillechort ou en acier), mais parfois en bambou, et de la yerba maté, une plante de la famille des Aquifoliacée. Sans oublier le thermos, rempli d’eau chaude.

 

Le buveur de maté en boit en général dès le réveil. Le premier geste du matin est d’allumer la « pava », la bouilloire. Elle est traditionnellement posée sur le gaz, mais il en existe aujourd’hui de plus en plus des électriques. L’eau doit être chauffée à 80 °, pas plus, et il ne faut surtout pas qu’elle bouille. D’ailleurs, quelques bouilloires électriques, fabriquées essentiellement pour le marché argentin, ont une fonction « 80 ° ». Comme ça, on ne risque pas de l’oublier ! Si on a laissé bouillir par inadvertance, il faut soit laisser refroidir un peu, soit ajouter un peu d’eau froide, pour ne pas brûler la yerba.

 

Une fois l’eau chauffée, le « cebador », c’est-à-dire le serveur, prépare le maté en lui-même. Il peut ajouter un peu de sucre. Le maté sera alors « dulce », sucré. Sinon, il sera « amargo ». C’est en général le cebador qui décide, mais il demande souvent à ses co-buveurs ce qu’ils préfèrent. S’il y a beaucoup de monde et des goûts différents, on peut préparer plusieurs matés.

 

Le service doit toujours se faire dans le même sens, sans oublier personne. Les premiers tours sont en général assez chauds, puis l’eau refroidie petit à petit. Dès que quelqu’un ne veut plus boire, il doit dire « gracias » en rendant le maté au cebador. Celui-ci comprendra qu’il pourra passer le tour de cette personne la prochaine fois. De temps en temps, on change la yerba, car le maté devient « lavado », sans beaucoup de goût.

 

Le moment du maté est en général un moment tranquille, où on se raconte les potins de la famille ou du quartier. Les générations n’existent plus, et les classes sociales s’estompent. Si on invite rarement un inconnu à partager un maté, il n’est pas pensable d’avoir du monde à la maison sans lui proposer d’en boire un. La notion de partage prend alors tout son sens : le même maté et la même bombilla pour tout le monde, personne n’a peur des microbes.

 

Mais le maté peut se boire seul, aussi : à la maison, au travail, en vacances. En Argentine, on dit qu’un enfant devient grand quand il boit son premier maté tout seul. Pas quand il boit son premier maté, non, car celui-ci, il le prend tout petit, quand il marche à peine. Non, c’est quand il se fait chauffer de l’eau tout seul, et qu’il se prépare tout seul son maté, « comme un grand ».

 

Les Argentins se reconnaissent entre eux à l’étranger, car il est rare qu’ils partent en vacances sans le thermos, le maté, la bombilla et un peu de yerba. S’ils sont en Argentine, un simple « agua caliente ? » (de l’eau chaude ?) dans une station service ou un restaurant suffit pour faire comprendre qu’on veut remplir son thermos d’eau chauffée à 80 %. S’ils sont à l’étranger, il faudra un peu plus d’explication, mais le maté reste une habitude, même dans le plus exotique des pays.

 

Et on ne trouve pas du maté qu’en Argentine : au Paraguay, il se boit froid, pour mieux supporter les grandes chaleurs ; froid, il s’appelle tereré. Dans le sud du Brésil, il se boit plus fort et dans un maté plus grand qu’en Argentine. En Uruguay, il se boit partout, notamment dans la rue : rares sont les Uruguayens qui n’ont pas un thermos à la main. Et en Syrie, il se boit, dans certains villages, dans des matés individuels, et le thermos est partagé. Les immigrés syriens en Argentine l’auraient rapporté lors de leur visite dans leur pays d’origine.

 

Le maté, cette boisson aux mille vertus, est un passage obligé pour tout étranger en Argentine, et beaucoup d’entre eux se laissent charmer par cette boisson quelque peu amère, mais tellement conviviale.

Claire-Gabrielle Robert

                                     

 

CG Robert
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